
Nous y voilà : mi-janvier. Avec la fin des festivités et la rentrée, s’annonce également la réapparition du soleil en Islande. Retour sur le mois du solstice de décembre et les lumières qui illuminent l’ile volcanique en hiver.
Nous sommes à Akureyri, dans l’Eyjafjörður, le plus long fjord d’Islande. Nous sommes dans le Nord. Latitude 65,4° Nord. En décembre, vers 11h, l’aube pointe le bout de son nez. Le jour émerge. Il ne durera que quelques heures.
À l’Est le ciel se colore de rouge, d’orange et de rose. Des teintes qui annoncent l’astre de feu. Or, ce soleil, nous ne le verrons pas. Durant la période du solstice d’hiver – jour le plus court de l’année, qui a lieu le 21 décembre – le soleil « disparait » pour ainsi dire [1]. Cela s’explique par la position géographique de l’Islande par rapport à celle du soleil. Ce dernier dépassant à peine la ligne de l’horizon, selon notre position et les reliefs montagneux autour de nous, l’étoile rouge peut rester cachée pendant plusieurs jours voire plusieurs semaines.
C’est sous une autre forme que la puissance solaire se ressent, en hiver. Notre boule de feu se manifeste à travers les aurores boréales ou aurores polaires, norðurljós en Islandais (litt. « lumières du nord »). Ce phénomène est la rencontre entre des ions et des électrons éjectés de la haute atmosphère du soleil d’une part, et des molécules d’azote et d’oxygène présentent dans l’atmosphère d’autre part. Lorsque la rencontre a lieu, la lumière fuse. “Ce que l’on voit principalement, ce sont les atomes d’oxygène. Ce sont eux qui vont produire la lumière la plus intense et avoir cette lumière verte typique (…)” explique Jean-Baptiste Renard, directeur de recherche au CNRS, à National Geographic [2]. Ainsi, même au plus profond de l’hiver et pendant les jours les plus sombres, le ciel au dessus de l’Islande peut s’illuminer de vert, de rouge, de bleu voire de violet. Autant de couleurs qui se reflètent sur le blanc des montagnes et des sols enneigés.

Les Islandais.e.s ne se contentent pas uniquement de ces manifestations puissantes et naturelles pour célébrer la lumière dans l’obscurité.
Dès le mois de novembre commence la course aux décorations. Chaque maison, chaque bâtiment, toutes les haies, lampadaires, arbres, cabanons de jardin s’ornent et se parent de mille guirlandes. C’est avec une grande fierté que chacun et chacune fait preuve de créativité, tous les ans, pour faire briller les rues. À mesure que la nuit s’installe les bulbes lumineux semblent éclore comme les bourgeons au printemps. Le paroxysme est atteint pour les fêtes de fin d’année.
Le passage de la nouvelle année est ensuite l’occasion de faire jaillir la lumière, à travers des feux de joie – áramótabrennur – et des feux d’artifices. Dans tout le pays on entend crépiter la nuit du 31 janvier des pétards et autres fusées qui illuminent le ciel. Dans la soirée, des feux de joie sont organisés des grandes villes aux petits villages pour dire au revoir à l’année terminée et accueillir celle à venir. La plupart des feux sont organisés par les municipalités mais des associations locales ou simplement des regroupements d’habitant.e.s peuvent également s’en occuper. 46 feux de joie officiels ont été programmés le 31 décembre 2025 (l’Islande ne comptant que 62 municipalités [3]) et pas moins de 10 à Reykjavík, la capitale ! [4] On se réunit autour de montagnes de bois et de palettes pour y allumer de grands feux autour desquels on se réchauffe en faisant le bilan de l’année écoulée.
Après un rapide retour chez soi afin de regarder l’émission comique du nouvel an diffusée à la télé – áramótaskaup -, les rues se repeuplent dès 23h30 avec une seule idée en tête : faire étinceler le ciel ! C’est une activité à laquelle se préparent les locaux depuis plusieurs semaines. La vente de feux d’artifices revêt une signification toute particulière en Islande : les feux sont vendus par l’Association islandaise de recherche et de sauvetage (ICE-SAR [5]) et leur achat est considéré comme une manière de contribuer à la sécurité publique et relevant de la responsabilité collective. Ainsi, les feux d’artifices sont tirés dans tout le pays, par tout le monde et à minuit c’est toute l’Islande qui s’illumine pour célébrer le passage à la nouvelle année.

Visionnez la nuit du nouvel an 2025 à Reykjavík : https://www.ruv.is/ (s’ouvre dans un nouvel onglet).
On aurait pu s’arrêter là. Or… il fait toujours sombre et les islandais.e.s n’ont pas l’intention de broyer du noir. Alors que vous vous apprêtez, en France, à vous délecter de galettes et brioches et que vos têtes s’habillent de couronnes dorées, le 6 janvier est une nouvelle occasion d’éclairer les villages, les villes, les coeurs et les esprits.
Þréttandinn. Il s’agit littéralement du « treizième ». Ce jour qui marque la fin de la saison de noël. Le dernier lutin de noël, Kertasníkir le Voleur de Bougies, commence son voyage de retour vers les montagnes pour rejoindre ses douze frères, leur parents et leur chat. De nouveau, des feux de joie s’embrasent au quatre coins du pays, des feux d’artifices sont tirés dans le ciel fuligineux et des processions de lutins (ou pères noël) pourvus de torches enflammés s’observent dans les rues. Cette célébration est chargée d’histoire et de mythes. Cette nuit-là les vaches se mettent à parler, les phoques se transforment en humains, les fées et les elfes changent de demeures, pour n’en citer que quelques-uns…[6]. Une fois les festivités terminées les décorations de noël, sapins, guirlandes et autres apparats seront petit à petit rangés.

L’obscurité, peu à peu, va céder sa place à la clarté. Clarté qui, bientôt, rythmera journées et… nuits. C’est ainsi que nous passons de l’apparition du soleil pour quelques minutes au soleil de minuit, qui ne se couche jamais !
Mais pour l’instant, nous accueillons le retour de ces rayons et nous vous souhaitons une merveilleuse année 2026 !

Lola Kahn et toute l’équipe Alkemia

[1] Il n’est pas impossible de se réchauffer le bout du nez sous un rayon de soleil à Reykjavík ou sur les hauteurs des montagnes mais il faut être au bon endroit au bon moment pour cela.
[2] https://www.nationalgeographic.fr/espace/comment-se-forment-les-aurores-boreales-et-australes (s’ouvre dans un nouvel onglet)
[3] https://www.statice.is/statistics/population/inhabitants/municipalities-and-urban-nuclei/ (s’ouvre dans un nouvel onglet)
[4] https://www.ruv.is/english/2025-12-29-farewell-to-2025-new-years-eve-bonfires-across-iceland-462511 (s’ouvre dans un nouvel onglet)
[5] https://www.icesar.com/en/icelandic-association-for-search-and-rescue (s’ouvre dans un nouvel onglet)
[6] https://grapevine.is/mag/articles/2013/12/30/thirteen-things-about-threttandinn/ (s’ouvre dans un nouvel onglet)

